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Mablink : du génie pour les anticorps-médicaments (ADC)

Article publié le 11/04/2019

A l’interface de la biologie (pour l’identification de cibles extracellulaires anti-cancéreuses) et de la chimie (par la conception de petites molécules cytotoxiques), la startup Mablink Biosciences fondée fin 2018 et déjà lauréate du concours i-Lab 2019, ouvre des perspectives immenses dans le domaine des ADC. Ces conjugués anticorps-médicaments (ou Antibody-Drug Conjugate, ADC), puissants biomédicaments dans la thérapie ciblée contre le cancer développés au sein des laboratoires de l’ICBMS et du CRCL, vont désormais bénéficier d’une plateforme inédite permettant de coupler anticorps et cytotoxiques sans limite et en moins d’une semaine (contre plusieurs mois avec la plupart des technologies actuelles). PULSALYS œuvre pour que cette découverte majeure prenne corps dans le domaine de l’immuno-oncologie.

« Notre technologie plateforme drug-linker brevetée est compatible avec tout cytotoxique et tout anticorps qui sert de vecteur pour atteindre de manière sélective les cellules cancéreuses » indique Jean-Guillaume Lafay, CEO de la jeune société Mablink (pour Monoclonal Antibody Linker) dont il est co-fondateur avec 3 scientifiques.

Warren Viricel (CSO) présente Mablink au Forum CLARA©NM

Révolution dans les ADC

Les immuno-conjugués ADC constituent une approche thérapeutique à fort potentiel et en plein essor. Ils sont conçus pour agir de manière ciblée dans le traitement des cancers liquides et solides, mais sont aujourd’hui limités dans leur développement de par le nombre de cytotoxiques que l’on peut attacher par anticorps. « Lorsque j’ai découvert le monde des ADC j’ai eu l’idée d’appliquer un principe de physico-chimie issu du monde des biomatériaux que j’ai étudié lors de mon doctorat à Montréal. J’avais l’intuition que cela pouvait lever cette barrière technologique » explique Warren Viricel. Le cœur de l’innovation est d’avoir réussi à greffer jusqu’à 8 ou 16 molécules cytotoxiques par anticorps, tout en supprimant les caractéristiques défavorables qui sont normalement associées à un tel taux de chargement. A la clé, l’effet thérapeutique est décuplé, tout en garantissant une meilleure tôlérance. Alors que les ADC ont le vent en poupe et que la concurrence fait rage entre les laboratoires pharmaceutiques, Mablink arrive avec une technologie qui ouvre un pan entier de possibilités pour la conception de nouveaux candidats médicaments ADC.

3 typologies de clients

« Nous démarrons en interne le développement préclinique de deux candidats médicaments ADC pour la prise en charge de certains types de cancers hématologiques. Le second objectif indirect de ces programmes de recherche est de démontrer notre expertise dans le domaine ADC afin de nouer des partenariats (cession de licence de notre technologie et co-développements) », explique Warren Viricel.

Les premiers clients susceptibles d’être intéressés par les ADC « made-in-Mablink » sont les sociétés de biotechnologies évoluant sur le marché mature et bien établi de l’immunothérapie. Les laboratoires académiques identifiants des cibles innovantes et développant des nouveaux anticorps monoclonaux compatibles avec une approche ADC sont la seconde cible de Mablink. Enfin les grands groupes pharmaceutiques représentent la « 3ème strate » de clients. « Les grands groupes pharmaceutiques ont presque tous des programmes ADC, mais l’opportunité de travailler avec ces clients ne se présente au mieux que deux ou trois fois par décennie » commente avec lucidité le CEO de Mablink. Les perspectives de collaboration avec les grands comptes pharmaceutiques sont donc envisagées à plus longue échéance.

Une équipe alliant toutes les compétences

La startup Mablink est issue de la rencontre entre un jeune chercheur porteur d’une idée innovante, un CEO enthousiaste, avec un profil plus business,  convaincu par le potentiel de l’approche, et deux directeurs de recherche reconnus dans le domaine de la chimie médicinale et des ADC et séduits par l’approche technologique inédite. « PULSALYS a pris conscience il y a plusieurs années du potentiel de la technologie proposée par Warren Viricel » rappelle Joseph André, responsable d’investissement Healthtech pour la SATT, précisant que le chercheur avait déjà tous les schémas de synthèse et réalisé les premières preuves de concept avant leur rencontre. La stratégie alors développée avec PULSALYS a été de consolider la technologie et de valider la preuve de concept à travers un programme de drug development pour un transfert vers la startup.

« Nous enclenchons tous les mécanismes de financements classiques du domaine de l’innovation pour Mablink, dilutifs ou non » déclare Jean-Guillaume, notant qu’une réussite au concours iLab  permettrait à la startup de démarrer ses projets de candidats médicaments ADC et de prendre une trajectoire déterminante dans son développement.  « Un investissement d’amorçage est également en discussion » confie-t-il, rappelant que l’innovation de rupture qui fait l’objet de la création de Mablink fédère l’équipe et les divers partenaires autour du projet.

  *Propos recueillis par Nathaly Mermet

 EN BREF :

    • Création : Décembre 2018
    • Lieu : Lyon
    • Co-fondateurs : Jean-Guillaume Lafay (CEO), Warren Viricel (CSO), Pr Benoît Joseph (Institut de Chimie et Biochimie Moléculaires et Supramoléculaires – Université de Lyon), Pr Charles Dumontet (Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon)
    • Nombre de personnes : 5 ; objectif 10 d’ici fin 2020
    • Financement : Bourse French Tech (2016, BPI), Programme OncoStarter AAP10 (2017, CLARA), Investissement innovation PULSALYS
    • Palmarès : labellisé French Tech Seed (2019) ; lauréat du prix R2B CLARA (2019), Lauréat du concours i-Lab (2019)
    • Site internet : mablink.com
    • Contact Mablink : jg.lafay@mablink.com ; w.viricel[@]mablink.com 
    • Contact Chef de projet : joseph.andre[@]pulsalys.fr
    • Laboratoires impliqués : Équipe « Synthèse de molécules d’intérêt thérapeutique » ICBMS CNRS UMR5246 Université de Lyon / Équipe « Anticorps Anticancer » CRCL UMR Inserm 1052 CNRS 5286 Centre Léon Bérard
    • Chercheur impliqué : Warren Viricel

 

Equipe MABLINK au Forum de la Recherche en Cancérologie du CLARA, 4&5 avril 2019. De g. à d. Pr Benoît Joseph (ICBMS), Jean-Guillaume Lafay (CEO Mablink), Warren Viricel (CSO Mablink), André Joseph (PULSALYS) et Pr Charles Dumontet (CRCL).©PULSALYS/Nathaly Mermet.