Née de travaux de recherche au sein du Centre Hospitalier Le Vinatier et du Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL), l’application « compagnon » personnalisée Alix & Moi® propose le bon entrainement cérébral au bon moment pour les personnes atteintes de schizophrénie. En rupture vis-à-vis des pratiques actuelles autour des maladies psychiatriques, et largement attendue par les associations de patients référentes du domaine, la solution proposée est actuellement en phase de bêta-test. PULSALYS a identifié un entrepreneur qui désormais porte le projet aux côtés de la chercheuse.

 

« En tant que neuropsychologue je reçois des gens qui souffrent de maladies mentales » indique Delphine Fabre, Docteur en psychologie cognitive et psychothérapeute au CHU du Vinatier (Bron, 69), précisant notamment que la schizophrénie concerne environ 0,7% de la population mondiale et touche près d’une personne sur cent en France. « Il s’agit d’une maladie du cerveau qui engendre des désordres cognitifs, c’est-à-dire des difficultés pour structurer sa pensée, organiser ses actions, mémoriser ou rester concentré, et c’est un vrai facteur de handicap pour une bonne insertion professionnelle » affirme-t-elle.

De la théorie à PrACTice : un programme de remédiation pour les personnes atteintes de schizophrénie

Le projet Alix & Moi est né de deux constats : aujourd’hui, parmi les programmes proposés, aucun ne cible le contrôle cognitif, or des études Outre-Atlantique ont montré un défaut de ce processus chez les personnes qui présentent une schizophrénie. D’autre part, quand ces personnes réalisent des séances d’entraînement cognitif à l’hôpital, ils repartent ensuite chez eux sans avoir forcément une activité à réaliser. « Finalement, c’est un peu comme s’échauffer pour aller faire un match de tennis …et au final ne pas aller jouer ce match ! » analyse Delphine.  Partant de cette réflexion elle étudie le contrôle cognitif (schéma) et explique : « j’ai essayé de voir comment entraîner les mécanismes cérébraux à l’aide d’un logiciel qui simule leur utilisation dans des activités quotidiennes ». De ce travail réalisé au sein du Vinatier nait l’idée de proposer cet entraînement directement en format applicatif. C’est le début du projet PrACTice qui donnera naissance à Alix et moi®.

De PrACTice à Alix & Moi ® : la concrétisation d’un rêve de chercheuse

« L’émergence du projet a été rendue possible grâce à PULSALYS, à travers un soutien humain et financier » déclare Delphine Fabre, expliquant que le projet a alors pris la forme d’une application mobile baptisée Alix & Moi. L’application propose une aide cognitive avant la réalisation d’une activité qui pourrait mettre le patient en difficulté : elle permet à l’utilisateur de se préparer à l’action par une mise en situation afin d’entrainer les mécanismes cognitifs nécessaire à la réalisation de l’activité. La vocation de l’outil est ainsi de s’adapter aux besoins essentiels du patient dans différents contextes (vie sociale/professionnelle, hygiène et santé, organisation domestique…). « Nous avons des retours d’usage de patients très encourageants sur cette première version de l’application » se réjouit-t-elle en annonçant « un porteur de projet me rejoint afin d‘évoluer vers une application encore plus connectée au quotidien des patients».

Des ambitions fortes dans un contexte (hélas) « favorable »

L’équipe désormais constituée du binôme chercheur / entrepreneur (sans lequel rien n’est possible !) veut aussi développer son savoir-faire au service d’autres maladies mentales comme la dépression ou les troubles du comportement alimentaire.  En effet, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) les maladies psychiques seront la première cause de handicap à l’horizon 2020. Actuellement en phase de test, l’application est pour l’instant destinée aux personnes touchées par la schizophrénie. Dans le cadre de futurs développements, elle pourrait aider les personnes porteuses de tout autre handicap psychique qui perturbe les capacités à entreprendre des activités et à maintenir une intégration sociale et/ou professionnelle satisfaisante (TOC, dépression sévère, gestion du stress), de façon plus prospective le programme pourrait également concerner des personnes ayant des troubles du comportement ou la maladie d’Alzheimer. « Au plus près des patients, nous souhaitons concevoir et développer des solutions qui soient pertinentes et utiles pour les personnes qui souffrent de ces maladies » conclut Delphine Fabre.

 

Article publié le 14/09/18